Lundi, 17 décembre 2018 16:40

Les actualités polaires - Novembre 2018

Les pôles à la COP24

La COP24 se tient à Katowice en Pologne, du 2 au 14 décembre. L’enjeu principal de la conférence est d’améliorer la transparence et le suivi des engagements climatiques des pays afin qu’ils honorent les accords de Paris signés lors de la COP21 en 2015. Il s’agit donc de se mettre d’accord sur une structure pour que les pays rendent des comptes. Quelles sont les mesures mises en place ? Quels sont les effets concrets de ces mesures sur la réduction totale des émissions ?

L’enjeu climatique dépasse en effet de loin les seules questions environnementales. Il combine la finance, l’aide aux pays en développement, la coopération scientifique, la technologie, le développement de l’agriculture et de nombreux autres outils qui visent à régler un problème difficile : comment faire pour convaincre les êtres humains de changer leur mode de vie pour retrouver une planète sobre en carbone ?

Aux pôles, les changements climatiques sont exacerbés. Cette année, la fonte des glaces s'est avérée particulièrement importante. En octobre, la superficie moyenne observée s'élevait à 6.06 millions de km2 de glaces, soit la 3e superficie la plus faible observée en cette période de l'année depuis 40 ans. Les glaces étaient alors 28% moins étendus que la moyenne de la période 1981-2010 (déficit de 2.29 millions de km2), mais au-dessus du record d'octobre 2012 (déficit de 2.47 millions).

C’est pourquoi dès l’ouverture de la COP24, le secrétaire général des Nations Unies a mentionné l’urgence de réduire les émissions de gaz à effets de serre, sans quoi les pôles continueront à fondre ayant des catastrophes désastreuses sur l’humanité.

Preuve que les accords climatiques ne sont pas inutiles : grâce aux mesures prises pour interdire les gaz réfrigérants, la couche d’ozone commence à se résorber au-dessus de l’Antarctique !

2018, année la deuxième plus chaude en Arctique d’après le rapport annuel de la NOAA

Au cours des trois dernières décennies de réchauffement planétaire, la glace la plus vieille et la plus épaisse de l'Arctique a diminué de 95 %, selon le rapport annuel de l'administration océanique et atmosphérique américaine (NOAA), qui a coordonné ce rapport de référence écrit par plus de 80 scientifiques de douze pays.

L'année 2018 a été la deuxième plus chaude en Arctique depuis que les relevés existent, à partir de 1900. Il a fait 1,7 °C plus chaud que la moyenne des trois dernières décennies et le réchauffement y est deux fois plus rapide que la moyenne mondiale. Le record absolu date de 2016. La tendance est évidente : les cinq dernières années ont été les plus chaudes jamais enregistrées, selon la NOAA.

Les populations de caribous et de rennes sauvages de la toundra sont en déclin depuis le milieu des années 1990, passant de 4,7 à 2,1 millions d'animaux. La cause est probablement l'allongement de l'été pour les bêtes, bien équipées pour l'hiver, mais pas pour la saison douce, qui apporte parasites, puces, maladies... 

Le réchauffement aide au contraire les algues rouges toxiques (planctons microscopiques ou bien algues de mer) à conquérir de nouveaux territoires en pénétrant les eaux de moins en moins froides de l'Arctique, où poissons et crustacés peuvent s'empoisonner.

Ces changements climatiques ont un effet dramatique non seulement sur l'écosystème arctique, mais sur le climat mondial. En modifiant le jet-stream (courant des vents d’altitude), cela entraîne des conséquences jusqu'aux latitudes moyennes. D'après des travaux cités par la NOAA, cela contribue à la multiplication d'événements météorologiques extrêmes, comme les canicules dans l'Ouest américain et les tempêtes de neige exceptionnelles de la côte est.

Savoir autochtone et recherche scientifique sont-ils complémentaires?

Le gouvernement fédéral canadien a déposé, en février 2018, un projet de loi permettant aux autochtones, entre autres, d’être impliqués dans les processus d’évaluation environnementale. En effet, les approches scientifiques et autochtones ont récemment fait l’objet de mésententes. Par exemple, plusieurs communautés Inuits du Nunavut, dans le Nord canadien, se sont inquiétées du nombre élevé d’attaques commises par des ours polaires, qu’ils ont attribuées à une surpopulation de ces mammifères. Environnement Canada a toutefois contredit cet état des lieux en évoquant plutôt un déclin de la majorité des espèces d’ours polaires.

Malgré les défis que présente la prise en compte des savoirs autochtones dans la recherche scientifique canadienne, l’émergence d’un plus grand nombre d’universitaires et de chercheurs autochtones dans les dernières années risque de changer certains paradigmes. Le budget fédéral de 2018 alloue une somme de 3,8 millions de dollars canadiens à l’élaboration d’un plan stratégique pour trouver des moyens d’entreprendre des recherches avec les communautés autochtones du pays.

Des restes de poissons pour propulser les bateaux de croisière

La compagnie norvégienne « Hurtigruten » a annoncé l’utilisation d’un biogaz produit à partir des résidus de la transformation du poisson comme carburant pour ses navires de croisière. Les restes de production de l’industrie de la pêche seront mélangés à d’autres déchets organiques afin de créer un biogaz qui sera liquéfié et remplacera le fioul. Cette annonce survient alors que le secteur de la croisière est vivement critiqué pour son empreinte climatique et sa contribution à la qualité de l’air. En effet, un gros navire de croisière propulsé au fioul lourd, carburant peu onéreux mais très polluant, émet quotidiennement autant de particules fines qu’un million de voitures.

La Norvège, où beaucoup de bus roulent déjà au biogaz, a décidé d’appliquer d’ici 2026 au plus tard une exigence de «zéro émission» pour les navires de croisière et les ferries naviguant dans ses célèbres fjords classés au patrimoine mondial de l’UNESCO.

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